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in Actu - 17 Mar, 2014
by Jeremy - no comments
Les loyalistes, terroristes irlandais

Regard sur l’interminable conflit irlandais, analysé du point de vue des militants loyalistes, ennemis acharnés des républicains.

C’est une histoire qui se confond presque avec celle d’une guerre; une destinée nationale marquée par des siècles de haine sectaire, encore accrue pax trois décennies de massacres sanglants. Les Loyalistes, terroristes irlandais raconte – de l’ultérieur- les affrontements, souffrances et soubresauts d’un conflit qui a rythmé la vie de l’Irlande du Nord. Déjà auteur d’une série sur l’IRA (Irish Republican Army), l’organisation nationaliste visant à un Etat w1ifié, Peter Taylor a gagné l’autre camp et pénétré les milieux loyalistes. A travers ces rencontres, il retrace trente ans de combats menés par les membres de l’UVF (Ulster Volunteer Force) et d’autres organisations paramilitaires, pour défendre les intérêts protestants.

violence urbaine en Irlande

En 1968, des centaines de catholiques défilent pour réclamer l’égalité de droits civiques, entrainant une réaction des loyalistes protestants. Ceux-ci entendent défendre l’Ulster contre un mouvement qu’ils estiment orchestré par l’IRA A leurs yeux, la séparation d’avec la Couronne est inenvisageable. Face à l’IRA qui, estiment-ils, les prend en otages, et aux Britanniques qui leur semblent prêts à les abandonner en acceptant l’unification de l’Irlande, les loyalistes réagissent. Durant les années 1970-1980 -la période à laquelle s’attache ce deuxième volet d’une série de trois -, des centaines de jeunes gens issus de familles sans histoires rejoignent le combat. Ils suivent le charismatique révérend Paisley, écoutent les harangues et les prophéties de cet homme qui refuse le moindre rapprochement entre Belfast et Dublin. Peter Taylor a rencontré les principaux acteurs du conflit mais aussi de simples combattants, et filmé des entretiens où transparaît la confiance qui s’est instaurée. Les questions sont franches. Les réponses, directes, déroutantes parfois, tant frappe l’absence de remords de la plupart de ces hommes, pourtant auteurs de dizaines de meurtres. Derrière la rhétorique guerrière affleure un sectarisme pur. Jusqu’aux plus extrémistes, les « bouchers de Shankill », un commando qui lacère ses victimes au couteau de boucher.

En 1973, les accords anglo-irlandais de Sunningdale prévoient une nouvelle assemblée interconfessionnelle, aussitôt mise à bas par une grève menée par les loyalistes. Aiguillonnés par cet épisode, mieux armé, ils rejoignent en masse la lutte. Alors que, timidement, les négociations commencent en secret, chaque camp poursuit ses opérations de terreur. Ces hommes, souvent des anciens de l’UVF, racontent ici des années de loi du talion, des vies interrompues. Des témoignages comme pour justifier, où il est question de « renvoyer la balle », de « montrer ce que ça fait ». Seul un homme raconte avec remords et effroi le meurtre d’un de ses collègues.

« Ça a été direct, rapide et sale. Voilà ce qu’ont fait de moi mon environnement et l’Irlande du Nord. Ils ont fait de moi un tueur. » En mêlant contradiction et empathie, Taylor livre ainsi un riche témoignage de ce conflit, une plongée d’un côté du miroir.

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